Dossier

Les défis liés à la « différence »

Le débat autour des trolls a enflammé l’actualité ces dernières semaines. On mettait de l’avant les commentaires disgracieux que ceux-ci pouvaient loger à l’endroit de la gente féminine sur une variété de propos tels que le poid, la beauté, l’origine ethnique et j’en passe. Évoluer devant les caméras n’est pas facile. Hommes et femmes sont confrontés à la pression qu’impose le monde médiatique. À l’ère des médias sociaux, lorsqu’on est moindrement différent de ce que la « norme » impose, on se ne gêne plus pour nous le faire savoir. Il est évident que chaque individu qui accepte de se tailler une place dans ce milieu connaît son casting et a accepté sa condition si la manière dont il se présente n’est pas dans la dite norme. Malgré un milieu prônant l’acceptation, la communauté LGBTQ se révèle elle aussi très sévère avec elle-même. Ainsi, elle devient vicitime de ses stéréotypes. Elle attend de ses représentants les mêmes standards idéalisés. Le milieu des drag-queens devient donc, dans cette optique, le reflet à petite échelle du monde médiatique au sein de cette communauté. Certaines drag-queens sont « différentes » si on les compare à la majorité. Cela impose malgré elles des défis artistiques intimement liés à leur « différence » propre. Trois drag-queens ont accepté de partager leur expérience face à ce qu’elles vivent: Barbada, une drag-queen ethnique, Gabry Elle, une drag-queen taille forte, ainsi que Velma Jones, une femme qui joue la femme dans un milieu d’hommes.

Gabry Elle le souligne d’entrée de jeu, dès qu’elle a joint le milieu des drag-queens, elle connaissait son casting. Elle a étudié en comédie musicale à Toronto. Le premier rôle qu’elle a eu a été le personnage d’Edna Turnblad, la mère du personnage principal dans Hairspray. Depuis sa première incarnation au grand par Divine, le personnage à toujours été représenté dans ses diverse adaptations avec des rondeurs. Sa carrière de drag-queen est d’ailleurs né en marge de cette production puisqu’elle devait se transformer en femme à tous les soirs. Cela lui a permis dès ses premières performances d’apprivoiser son corps. Quand ton premier rôle t’impose de défendre un personnage en chair, tu ne peux plus te permettre de douter de toi-même. Barbada a connu un début de carrière similaire. Au cours de la compétition Star search, elle a eu l’occasion de côtoyer une panoplie d’artistes du monde la nuit. Elle savait qu’en se lançant dans ce milieu, elle ne représenterait pas une majorité. Elle ne s’est toutefois jamais arrêté à son origine ethnique dans ses choix de numéros. Chacune d’entre elle a su utiliser sa « différence » comme un atout. Barbada est une artiste curieuse qui essaie de connaître un produit au-delà de sa version la plus connue. Par exemple, lorsqu’elle s’attaque à la chanson Vogue de Madonna, elle sait que même si l’artiste n’est pas de sa nationalité, la chanson en question fait référence au voguing qui est né de la communauté noire et latine dans les années 1970s à New-York. Elle se rapporte donc au propos pour s’approprier la chanson. Certains vont plus loin que l’ethnie parfois chez un artiste, quelle que soit son art d’expression, en dénonçant l’appropriation culturel par cet artiste. Barbada défend l’idée selon laquelle il faut plutôt le voir comme un hommage. C’est exactement ce que Madonna a fait en chantant Vogue. Parfois, par ignorance, les gens sombrent dans les préjugés.

Ces préjugés, Gabry Elle en est témoin continuellement. Elle sait ce que le fait d’avoir des rondeur évoque à première vue. Elle essaie donc de les contourner en proposant des numéros qui surprennent. Elle se connaît très bien. Elle sait que sa forme lui permet d’orchestré des chorégraphies surprenantes. Elle utilise d’ailleurs sa tribune pour dénoncer. Elle a offert dernièrement un spectacle intitulé XXelles dans lequel elle partage la scène avec deux consoeurs aux mêmes attributs. Le spectateur qui décide de se présenter au spectacle accepte la proposition, il ne peut pas passer toute la durée du spectacle à surfer sur des préjugés. Là où les préjugés peuvent être parfois plus difficiles à contourner est lorsqu’on est une femme drag-queen. Le phénomène est relativement nouveau, même si la première représentante du mouvement est Mimi Fontaine qui a gagné il y a 7 ans la première édition de Drag-moi. Les précédents sont peu nombreux, tant pour le milieu que pour les spectateurs. La pression devient alors assez imposante pour une drag-queen femme. Velma Jones, la plus récente gagnante de Drag-moi, doit composer quotidiennement avec cette réalité. Il faut dire que l’augmentation du nombre de drag-queens qui se révèlent comme transexuelle aident à la cause. Néanmoins, en tant que femme, Velma ne peut pas aborder son personnage comme un homme aborderait le sien. Si on se réfère au début de l’article, les gens ont des préjugés naturellemenf face aux femmes. Si le personnage de Velma Jones se rapportait trop à ses préjugés, elle donnerait l’impression de ne pas jouer de personnage. Pour une femme, jouer une femme est très confrontant sur sa condition en tant que femme. Comme le dit le personnage qu’interprète Philippe-Audrey Larrue-St-Jacques dans la série Like-moi, « être une femme, c’est un métier d’hommes. »

Malheureusement, c’est un raisonnement qui semble faire écho chez plusieurs personnes. On ne prend pas toujours la drag-queen femme pour sa valeur artistique. Cela provoque à certains égards une croissance moins rapide dans le milieu. Il faut travailler un peu plus fort pour obtenir des résultats similaires. En même temps, Velma aime jongler avec ce challenge. Comme pour n’importe quel autre drag-queen, s’émanciper dans cet art de la scène est toujours lié à quelque chose de personnel. Ici, Velma Jones cherche à renouer avec sa féminité. Dans la vie de tous les jours, elle est adopte un comportement typiquement plus masculin. À l’instar de Barbada, qui sait que grâce à son casting certaines portes se sont ouvertes pour elle (le spectacle des Spice girls par exemple) que d’autres n’auraient pas eues, Velma Jones n’a pas cette ouverture. Être une femme n’ajoute pas de corde à son arc. Au contraire, elle doit jouer avec l’ambiguïté sur son sexe lorsqu’elle performe. Elle doit en quelque sorte transformer son art pour le convertir en une forme de jeu sous-jacent avec le public.

Cela étant dit, chacune s’amuse avec ce qu’elles sont en allant dans les excès. Dans une société prônant l’ouverture, il faut d’abord la faire transiger par soi. Il faut avoir la confiance nécessaire et faire preuve d’audace. Le public sait se laisser surprendre. Il faut plutôt le prendre comme un atout. Ces trois drag-queens ne représentent qu’un petit échantillonnage par rapport à une multitude de différences. Nous sommes tous unique. Au final, on ne plaira jamais à tout le monde, alors pourquoi ne pas se plaire à soi-même?

Barbada anime une fois par mois Drôles de drags au bar Le Cocktail.
Elle anime également une fois par mois au bar Le Drague de Québec la soirée #tbt
Elle sera de la distribution du spectacle des Spice girls en supplémentaire le jeudi 13 avril au Cabaret Mado
Elle est actuellement sur les couvertures des magazines Fugues er Voir pour faire la promotion du docu-réalité Ils de jour, elles de nuit diffusé sur ICI ARTV et relayé en direct au bar Le Cocktail

Gabry Elle est directrice artistique au bar Le Drague de Québec
Elle y anime le Quiz de la grosse tous les lundis
Elle coamime avec Lady Boom Boom tous les dimanches soir Diva-Nation
Elle est également en vedette dans Ils de jour, elles de nuit

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s