Dossier

Le trac chez les drag-queens

Comme le milieu de la drag relève du monde de la nuit, on croit à tord que ce n’est pas un métier et que les artistes qu’il met en scène n’ont pas nécessairement à coeur ce qu’ils font. L’un des mandats que je me suis lancé avec ce blogue est notamment de détabousier le métier de drag-queen, car il en est un, mais également de le légitimer au même titre que tout autre art de la scène tel que la danse, le chant, l’humour, le burlesque, le théâtre ou encore le cirque. Il y a un aspect pour lequel toutes ces sphères de l’expression de l’art se recoupe et c’est sans nul doute le trac. Il se traduit de manière différente pour chaque artiste. Plusieurs facteurs viennent l’influencer, notamment la notoriété, l’expérience, etc. J’ai voulu en savoir davantage sur la manière dont il était vécu auprès de certains drags. Quelques-unes ont accepté de se prêter au jeu dont la gagnante du concours Miss Cocktail 2016 et la révélation de l’année au dernier Gala des drag Lady Boom Boom ainsi que LaDrag On-Fly, Eva Loucha et Anna White.

Dans un marché aussi petit que celui du Québec, on finit nécessairement par se connaître dans le domaine culturel. Le milieu de la drag subit également l’impact d’une visibilité essentiellement de nuit sauf à de rares occasions et orientée vers la communauté LGBT outre les grands soirs du week-end. Ces factreurs font en sorte que les milieux dans lesquels peuvent s’exécuter une drag-queen sont limités. Ces lieux ont même la plupart du temps pour clientèle celle qui font les beaux jours de ceux-ci. En d’autres termes, le milieu de la drag est très solidaire et les artistes se supportent beaucoup entre eux. J’ai posé la question à LaDrag On-Fly, comme elle débute sa carrière, si c’est davantage de performer auprès de ses consoeurs ou devant un public qui est le plus stressant? Ce que j’en retiens est surtout que le public agit comme un stimulant vers un trac positif. Elle affirme que peu importe l’endroit où on est appelé à performer, il faut savoir s’adapter à son public et être à l’écoute. En ce qui concerne le fait de performer auprès de ses consoeurs, elle le perçoit comme une occasion de prouver qu’elle a sa place dans ce milieu. On peut donc en conclure que dans les deux cas, le trac ne s’avère pas être quelque chose négatif.

LaDrag On-Fly tout comme Lady Boom Boom sont issu de concours. C’est ce qui leur a ouvert la voie de ce métier. Il fallait donc se questionner sur l’impact de ce passage face au trac. Durant la compétition, Lady Boom Boom voit le trac comme une occasion de se dépasser à chaque nouvelle étape. C’est lui qui procure un certain pouvoir sur la performance. Il faut avouer que les deux protagonistes ont su bien le gérer puisqu’elles se sont toutes les deux particulièrement bien démarquées dans les concours auxquels elles ont pris part. Il est bien intéressant de performer dans le cadre d’un concours pour lequel le public peut avoir une certain compassion, du fait qu’elles sont en apprentissage. Une fois que cela est terminé, qu’elles se retrouvent dans les cours des grands, il y a des animaRtices qui ne se gênent pas de soulever qu’elles sont de la relève. Cette étiquette que l’on suggère au public a-t-elle un impact sur le trac? LaDrag On-Fly le voit comme un couteau à double tranchant. D’un côté, on peut assumer qu’on a le « droit » de faire des erreurs alors que de l’autre, malgré le peu de temps qu’elles ont intégré le milieu, elles sont capable de les impressionner. Il faut le voir comme une poussée d’adrénaline.

Le trac ne se manifeste pas qu’une fois sur scène. Il fait parti intégrante d’une prouesse scénique. Cela naît dès le moment de se maquiller dans les loges et même avant. Eva Loucha se considère comme quelqu’un de timide. Son alter ego masculin n’a pas la même verve qu’Eva. Il y a un processus transitoire qui passe en grande partie lors du maquillage. C’est à ce moment que la femme en eux prend vie, celle qui va conquiérir le public et s’imposer sur la scène. LaDrag On-Fly fait mention d’une belle camaraderie dans les loges, ce qui permet à tous se mettre en confiance. Cela n’empêche en rien d’avoir la bouche sèche avant de monter sur scène ou de faire les cent pas comme Anna White. Toutes n’ont pas les mêmes opportunités de se faire valoir. Il arrive donc pour certaines que le trac se révèle plus vertigineux. Lors de la préparation dans les loges de son numéro, dès qu’on sait où s’en va et qu’on est en confiance face à ce qu’on va présenter, le trac ne peut que se convertir en quelque chose de positif.

Malgré une bonne préparation, il y a des facteurs qu’on ne peut pas prévoir. Parmi les plus probables, il est assurément question du public. Aussi motivant puisse-t-il être, il s’avère parfois désarmant. Même si Eva Loucha préfère ne pas penser au public dans la salle car elle a peur que d’en être consciente puisse avoir un impact sur son numéro, il n’est pas à négliger. Au-delà du trac, il y a une part d’estime qui peut écoper au paSsage si ce dernier reste à plat. Je crois que toutes s’entendent pour dire que cette réalité est sans contredit ce qui mine le plus une performance et influe sur le trac. C’est une situation qui, sans le vouloir, force l’artiste à penser et d’être beaucoup trop conscient de son environnement… platonique. Le manque d’entrain du public n’est pas systématiquement lié à une mauvaise performance. Il a des soirs où le courant passe moins.

Même si elles défendent toutes le fait d’être alimenté par le public, elles m’ont toutes avoué avoir un petit quelque chose à travailler pour s’aider davantage. LaDrag On-Fly mise sur le fait d’être moins une « énergie folle » dans le but de plaire au public et de rester concentrer un peu plus l’effet Re son côté veut travailler son manque d’assurance. Bref, ce qu’on peut retenir est que le trac est majoritairement positif lorsqu’on sait comment bien le canaliser et qu’il soit au service de la performance.

 

 

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