Critique

Les reines de Noël

C’était soir de première au National hier alors que Jean-François Guevremont, alias Rita Baga, y amorçait la tournée Les reines de Noël, une production originale qu’il a écrite et pour laquelle il est également coproducteur mettant en scène une troupe de drag-queens. L’histoire s’articule autour d’une famille (dysfonctionnelle) qui se réunit pour le réveillon et le matin de Noël. Chaque personnage y est révélé au compte-goutte afin que chacun ait son moment en solo. Pour la première représentation, outre Rita Baga, la distribution était composée de Barbada, Darleen, Kitana, LaDrag On-Fly, Marla Deer, Phoenix & Rainbow. Je vous invite à replonger dans la féérie des Fêtes imposée par ce spectacle haut en couleurs.

C’est bien connu, Rita Baga est workaholique. Durant la dernière année, Rita a travaillé sur un projet ambitieux qui était non seulement d’écrire un spectacle, mais d’en faire un pour toute la famille, de le loger dans la période des Fêtes, de le présenter hors des bars et de partir en tournée partout en province. Lors de l’annonce de cette nouvelle, la communauté s’est emballée à l’idée d’un tel projet qui allait faire rayonner l’art du drag dans contexte tout autre de ce qu’on lui connaît. La barre était haute et les attentes toutes autant.

L’un des défis était de bien s’entourer. Dans un contexte où la majorité des drag-queens ne font pas ce métier à temps plein, il était difficile de trouver une distribution complète qui serait demeurée la même pour toute la tournée. Seule Rita Baga et Barbada seront de toutes les représentations. Au final, chaque représentation sera une relecture de l’œuvre de Rita Baga puisqu’aucune d’entre elles ne réuniront plus d’une fois la même distribution.

Dans le cadre de la représentation d’hier, je dois avouer avoir trouvé le casting efficace. Chaque drag-queen s’est retrouvée avec un rôle qui s’apparentait largement à la personnalité de son alter-ego. Au-delà du texte, il y a un défi d’interprétation. La distribution rassemblée pour ce soir de première a su livrer un jeu tout à fait approprié au contexte de la pièce et ont su répondre avec une efficacité redoutable aux imprévus techniques.

L’art du drag recoupe une variété d’aspects scéniques allant du lip-sync à la danse en passant par la comédie et l’improvisation. Hier, tout ces aspects étaient réunis. Chaque drag-queen a su apporter sa touche (personnelle) afin de donner une saveur unique au spectacle.

Malgré la volonté de vouloir sortir les drag-queens des bars en présentant le spectacle dans grandes salles, Rita n’a pu s’empêcher d’incorporer au tableau une référence au drapeau arc-en-ciel, emblème de la communauté LGBTQ+ que l’on pouvait clairement apercevoir lors de la fresque « finale ».

Le spectacle était accompagné sur scène d’un band, la the Wildwood family. Afin de les mettre en lumière, la troupe a eu droit à une trentaine de minutes en avant-première du spectace. Mention spéciale à leur relecture de la chanson Single ladies the Beyoncé et leur interprétation amusante d’une chanson tirée du film Alvin and the Chipmunks. Le groupe est demeuré sur scène lors de la 1ère partie du spectacle.

Autres mentions pour cette première représentation : le jeu comique et juste de Barbada et Marla Deer. Ma révélation personnelle revient à Darleen de qui je ne connaissais pas les facettes du jeu qui se sont avérées d’une efficacité redoutable.

Mon seul bémol, qui est en fait un questionnement, revient à l’aspect drag-queen. Ce spectacle pourrait être livré par une distribution qui ne soit pas drag, alors je me demande pourquoi cet aspect n’a pas été marqué à plus gros traits afin de mettre davantage l’accent sur le fait qu’il s’agit d’une troupe de drag-queens. La distinction entre le théâtre et l’art du drag n’étaient peut-être pas assez nuancé.

En sommes, le spectacle est efficace. Rita Baga a véritablement une autre corde à son arc avec l’écriture. Le tout fut magnifiquement supporté par le jeu de ses interprètes et la programmation musicale. Le défi d’en faire une œuvre pour toute la famille est respecté. Rita se dit être une fan du film C’t’à ton tour Laura Cadieux, eh bien nous reconnaissons ici l’inspiration. Nous avions en fait l’impression que ce film rencontrait La petite vie en raison des décors. Je souhaite que ce projet puisse s’inscrire comme une nouvelle tradition des Fêtes. Malgré que je sois tombé sous le charme, le spectacle ne pourrait que s’améliorer si Rita Baga poursuit avec l’ambition de ses moyens.

 

Les reines de Noël

de Rita Baga

Productions Lézartis

Costumes: Jonathan Grandolfo

Coiffures: perruques de Wigs by piatch coiffées par Martin Alarie

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