Les concours de drags

DOSSIER – LES CONCOURS DE DRAG-QUEENS ET LA PLACE DE LA RELÈVE

Il faut se l’avouer, depuis le début de la télé-réalité RuPaul’s drag race, diffusée sur la chaîne câblée Out TV, le milieu de la drag a grandement évolué. L’émission agit comme un tremplin et semble accorder la confiance nécessaire aux gens de se lancer dans le métier. Les occasions de percer le monde de la nuit ne sont plus ce qu’elles étaient. Si on se concentre sur la région de Montréal, seuls le Cabaret Mado et le bar le Cocktail proposent des opportunités à la relève de se faire valoir. Toutefois, en raison de ce qui a été mentionné précédemment, il y a beaucoup d’appelés mais peu d’élus. En revenant sur les concours Drag-moi, Miss Sky et Miss Cokctail en compagnie d’Anastasia, Darleen, Emma Dejavu, Heaven Genderck, Lady Boom Boom, Marla Deer, Prudence et  Rita Baga, je ferai le topo de ce que sont devenus ces concours, l’influence de la culture américaine de la drag sur ceux-ci et la place de la relève.

DRAG-MOI

Chaque automne depuis maintenant 7 ans, Marla Deer chapeaute et anime le concours Drag-moi. À l’instar des autres concours, celui-ci se présente davantage comme une école. En effet, les candidates sont appelé à relever un défi différent à chaque semaine et aucune d’entre elle n’est éliminée à l’issu de la compétition. Ce qui permettra de couronner une gagnante à la fin de la compétition sera celle qui se sera le plus démarquée des autres en proposant des numéros originaux à chacun des défis. Afin d’illustrer au mieux l’expérience du concours, j’ai regroupé deux des gagnantes, Heaven Genderfck (saison 5) et Prudence (saison 6), Darleen, candidate lors de la 1ère saison, Anastasia, qui a pris part à l’édition « université », Rita Baga, juge lors de toutes les éditions, ainsi que la grande manitou elle-même, Marla Deer.

Marla Deer s’est approprié la nouvelle disponibilité du mercredi soir en proposant un concept nouveau. C’était le début de Drag-moi. À l’origine, toutes les candidates avaient été présélectionnées car Marla voulait s’assurer d’avoir un bon show. Le modèle était calqué de toute bonne émission de télé-réalité. La première édition était en quelque sorte, un pilote. Le seul élément qu’elle s’est permis de retrancher était les éliminations car cela lui fend le cœur. Avec son concept, Marla voulait s’assurer que chaque candidate vive une expérience complète, leur proposer une opportunité d’être confronté à toutes les éventualités de la scène.

Darleen, qui a participé à la première édition, est toujours active dans le milieu. Elle a vu le concept se renouveler avec les années. Ce qu’elle constate surtout est l’aspect moins formel de la formation. Lorsqu’elle a débuté, chaque candidate devait prendre rendez-vous avec les juges afin de travailler certains aspects. Maintenant, les candidates ne sont plus des novices comme dans son temps. La plupart ont une expérience de scène notable, pour certaines de drag déjà (surtout lors de la dernière édition suite aux auditions qui ont lieu cet été à Bagalicious), et ont de solides bases en makeup. Ce dernier facteur est une influence direct selon Marla de l’émission RuPaul’s drag race. Nous sommes également dans une ère où l’on cherche à être au sommet dès ses débuts.

Toutes s’entendent pour dire qu’il s’agit véritablement d’un lieu d’apprentissage. Rita Baga trouve qu’il s’agit du meilleur endroit pour définir son identité en tant qu’artiste. Les candidates jouissent d’une liberté artistique. Rita aime se laisser surprendre et ce, même si le numéro n’est pas dans sa palette. Dès que le numéro dégage une recherche artistique, qu’il est réfléchi. Darleen aimait particulièrement cet aspect, cela lui permettait d’explorer plusieurs niveaux de jeu. Anastasia, qui a pris part à l’édition « université », s’est permis de se mettre en danger et de sortir de sa zone de confort grâce à cela. Elle souligne que chaque drag qui commence a une idée du genre de personnage auquel elle veut répondre. Cela freine parfois une drag-queen à se risquer à faire autre chose. Il arrive toutefois que certains personnages correspondent moins aux standards de drag-queens que l’on retrouve dans des établissements de style cabaret. Rita Baga soulève qu’il faut savoir « travestir son art » si l’on aspire à percer dans ces cabarets qui sont devenus avec le temps de véritables institutions dans le village. Toutefois, Drag-moi permet à ces drag-queens plus « hors normes » de prendre part à la compétition. Pour preuve, plusieurs gagnantes au fil des années étaient moins conventionnels telles que Prudence et Heaven genderfck. Elles ont su tirer leur épingle du jeu et faire leur preuve.

En se joignant à la compétition, Prudence savait que son style allait déranger. Cela provoquait chez elle un certain stress. Ses seules références issues du milieu étaient Mona de Grenoble et Miss Daniels qui ont toutes deux participées à Drag-moi par le passé et dont le style leur était propre. Cela venait lui accorder une certaine confiance. Malgré le style qu’elle voulait arborer pour son personnage, Prudence est demeuré ouverte dans le cadre de la compétition. Elle croit d’ailleurs que c’est la clé lorsqu’on veut évoluer comme artiste.

MISS SKY

Afin de se remémorer la belle époque des spectacles de drag-queens au Sky, j’ai invité les deux animatrices de la nouvelle mouture du concours Miss Sky Emma Dejavu et Rita Baga ainsi que la dernière gagnante, Anastasia, à témoigner des rouages de ce concours.

Rita Baga définit l’ampleur d’un événement par les commanditaires et les prix qui y sont rattachés. Avant que le concept du concours Miss Fierté Canada qui débarquera cet hiver au Cabaret Mado ne soit lancé, le concours qui l’avait jusqu’ici allumé par ce dont il offrait était Miss Sky. En effet, la gagnante du concours remportait 500$ comptant, une vraie couronne et deux contrats par mois. La directrice artistique du complexe Sky était à l’époque Tante Gaby. Emme Dejavu a confié que pour les participantes, il s’agissait également d’une occasion de faire ses preuves auprès d’elle. Sans nécessairement avoir gagné, le nom d’une candidate évoquait maintenant quelque chose et ce, que la drag-queen soit débutante ou expérimentée. C’est un peu comme ça d’ailleurs qu’Emma Dejavu a débuté sa carrière. Elle travaillait déjà dans le bar, mais suite au concours, elle s’est fait repérer par Popline qui était animatrice maison. Le concept tel qu’elle l’a connu du concours s’est arrêté quelques temps après sa participation avant d’être relancé par elle-même. La différence cette fois-ci : elles allaient être deux à l’animation. Emma Dejavu et Rita Baga étaient déjà animatrice au complexe Sky. Lorsque l’idée a germé de faire revivre le concours, les deux animatrices sont allé à la rencontre de leurs consœurs pour faire du recrutement et s’assurer ainsi un bon taux de participation pour assurer le succès de la soirée. Et pour en être un, c’en fut un.

Anastasia a été la dernière gagnante du concours en 2014 avant que le complexe ne cesse les activités de spectacles de drag-queens à l’aube d’une nouvelle saison le 1er janvier 2015. Elle n’en était pas à sa première participation à ce concours. Elle l’avait déjà fait en début de carrière et ne tenait pas à le tenter le coup de nouveau. C’est Rita qui a réussi à la convaincre. À la différence de Drag-moi, Miss Sky est véritablement un concours. Il faut se connaître un tant soit peu comme artiste. Même si la compétition est ouverte à tous, ce n’est pas là que tu vas t’équiper de conseils. Anastasia confirme que son passage ne l’a pas empêché d’évoluer comme artiste puisque tu te risques. On ne sait pas comment les choses vont se passer. Les premières étapes de la compétition fonctionnent par un vote du public. Il est donc aisé d’avancer dans la compétition si tu as avec toi un bon public. En fin de parcours, du te fais juger par des drag-queens de renoms et d’anciennes à la retraite. Le visage de la compétition change un peu. Lors de sa seconde participation, avec quelques années d’expérience sous la cravate, Anastasia s’est permis d’aider celles qui débutaient dans un élan de bonne foi. Elle avait une vision d’avenir, au-delà de la compétition, sachant que ces rivales d’aujourd’hui allaient être ces collègues de demain. Contre toute attente dans ce genre de compétition, Anastasia a osé pour la finale deux numéros qu’elle n’avait jamais expérimenté auparavant. Dans un contexte où tu ne performeras que trois soirs seulement à raison de deux numéros par occasion, la majorité des candidates se risquent moins et y vont davantage vers quelque chose avec lequel elles se sentent confortable.

MISS COCKTAIL

Miss Cocktail est la version revue et corrigée que Michel Dorion animait du temps qu’elle travaillait au complexe Sky. Lorsqu’elle s’est jointe à l’équipe du bar le Cocktail, elle a emmené avec elle son concept qu’elle convertit aux couleurs de l’établissement. Afin de comprendre l’impact de ce concours, j’ai fait appel à Lady Boom Boom, originaire de Québec, gagnante de l’édition 2016. Plusieurs drag-queens encore actives dans le métier ont participé à ce concours, toutefois, je trouvais intéressant de prendre le point de vue de quelqu’un provenant de l’extérieur de Montréal pour que le public d’ici lui est étranger.

Afin d’illustrer le large éventail de son talent, Lady Boom Boom a tenu à offrir à chaque performance un style différent, muni d’un costume qu’elle avait elle-même confectionné. Elle gardé à l’esprit l’impact qu’elle aurait sur le public tout au long de la compétition et elle voulait s’assurer que le public ne reste pas avec un souvenir formaté de son personnage, associé à une seule chose. Elle s’est donc amusée à les bombarder d’images, les entraînant ainsi dans son univers. Le bar le Cocktail est sommes toute un endroit où c’est plus conservateur dans l’approche du spectacle de drag-queen, se rapprochant surtout du personnificateur féminin. Dans toute sa naïveté, ne connaissant que très peu l’endroit, Lady Boom Boom a plongé dans l’aventure comme un véritable ovni. Un pari risqué qui en aurait freiné d’autres mais qui pour elle, ce sera révélé payant.

Avec ce genre de concours les établissements ont tendance à revoir leur standard et faire davantage d’ouverture aux différentes propositions artistiques et ce, peu importe ce qui définit la ligne directrice. Rupaul’s drag race agit comme un télescope sur une industrie riche qui stimule la relève. Il y a une vieille garde qui a établi des standards qu’elle se voit déconstruire tranquillement, forcé de constater que les possibilités sont beaucoup plus grandes. Les combats ne sont pas encore tous gagnés. Ils s’en mènent de l’intérieur comme de l’extérieur que certaines tentent de livrer avec l’ouverture qu’elle aimerait qu’ on ait en retour à leur endroit comme pour Heaven. Celle-ci est particulièrement contente de la présence de Drag-moi puisqu’à travers les murs de l’école, on repousse les limites en ouvrant la voie à des choses qu’on n’aurait pas cru possible dans un passé pas si lointain. On peut penser simplement aux femmes qui pratiquent le métier de drag-queen. Finalement, la place à la relève, il faut se la faire. De nombreuses télé-réalité ont démontrées que gagner n’était pas gage d’avenir. Il faut travailler fort, demeurer ouvert et ne pas se montrer trop sélectif.

Rita Baga animera cet hiver Miss Canada Pride tous les dimanches au Cabaret Mado.

Elle sera aussi en vedette dans la série Ils de jours, elles de nuit attendue en mars sur ARTV

Vous pouvez la suivre sur Facebook via sa page et celle de sa soirée Bagalicious.

Vous pouvez suivre Marla Deer sur Facebook. Restez à l’affut de ses nombreux projets au Cabaret Mado pour 2017.

Emma Dejavu travaille au complexe Sky. Vous pouvez la suivre sur Facebook.

Vous pouvez suivre Darleen sur Facebook.

Vous pouvez suivre Lady Boom Boom sur Facebook.

Vous pouvez suivre Heaven Genderfck sur Facebook et les projets de la Haus of Genderfck sur la page de la troupe.

 

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