Dossier

La série Ils de jour, elles de nuit avec le réalisateur Frederic Gieling

Les opportunités de faire valoir le savoir-faire artistique des drag-queens hors de la communauté LGBT connaissent une croissance importante depuis les dernières années. On peut penser au Mado’s got talent offert dans le cadre du festival Juste pour rire depuis 3 étés, au spectacle Stars – La nuit des sosies présenté au Monument national qui a trouvé refuge auprès de l’organisation du Zoofest ou encore que le personnificateur féminin Réglisse fut nommé comme duchesse en vue du prochain Carnaval de Québec. Cette ouverture m’a donné envi d’approfondir la question. Depuis quelques temps, certaines drag-queens dont Rita Baga, Barbada et Tracy Trash nous parlent à l’occasion d’un projet intriguant auquel elles prennent part. Il s’agit d’une série documentaire consacrée à dépeindre une réalité de laquelle l’équipe derrière la production et le public n’en savent que très peu, c’est-à-dire le milieu de la drag. C’est la chaîne spécialisée de la Société d’État ARTV qui chapeaute le projet Ils de jours, elles nuits. Aux commandes, c’est le réalisateur Frederic Gieling avec qui j’ai eu le loisir de m’entretenir. Avec lui, j’ai remonté la genèse tout en m’intéressant au processus par lequel il est passé afin de faire évoluer le projet jusqu’à ce qu’il est maintenant. Au début, l’idée n’était que très embryonnaire. Ce sont les égéries de la série, Lady Boom Boom, Gabry-Elle et Ladypoonana, des drag-queens de la relève qui prennent part à l’aventure, tout comme les mentors qui ont influencé le parcours de la série en offrant un portrait moins mainstreem auquel la production s’attendait. Je vous invite à découvrir à travers ce premier dossier sur les dessous de cette série comment se traduit l’ouverture au milieu de le drag à Montréal à l’extérieur des limites de la communauté de laquelle elle relève.

L’idée a germé d’une scénariste. Elle a approché Frederic afin qu’il se joigne à elle. Il s’était déjà fait connaître grâce à des projets tels que Le sexe autour du monde relayé sur TV5 et Danseuses sur Z que Jean-Francçois Mercier animait. On pouvait remarquer parmis les choix de productions auxquels il s’était associé une certaine cohésion qui se manifestait dans une volonté de traduire des sphères spécifiques desquelles le public n’en connaît que très peu. On peut même avancer qu’il s’agit de milieux sur lesquels le public croit connaître en raison des stéréotypes qui s’en dégagent. Ils se sont vite aperçu que le milieu de la drag à Montréal avait une richesse incroyable. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui l’a mené vers le documentaire d’observation. Avant de s’embarquer dans un projet aussi ambitieux, il a jugé bon d’approcher Mado afin d’obtenir son approbation en lui étalant les bases du projet. C’est cette dernière qui l’a orienté vers celles qui agissent à titre de mentors dans la série tel qu’énuméré précédemment. Il voulait qu’on aille plus loin que la vision trompeuse orchestrée dans la série Cover girl diffusée à Radio-Canada. Cela n’a pas été long qu’il s’est senti accueilli dans le milieu. Il voulait défendre qu’il s’agit avant tout d’une forme d’art et de dissocier ce métier d’autres réalités telles que les travesti(e)s ou encore les transexuel(le)s avec lesquelles on le confond souvent.

Frederic croit au fait qu’il est plus intéressant de poser un regard sur une réalité lorsqu’il passe par l’oeil de quelqu’un qui débute. C’est pourquoi il a choisi trois drag-queens qui ont une jeune carrière. Frederic s’est rendu compte après avoir rencontré Ladypoonana qu’il était victime lui-même des préjugés qu’ils tentent de défaire puisque cette drag-queen est en fait une fille. C’est un phénomène assez nouveau dont l’une des pionnières, Vanity, est née de la compétion Drag-moi que mène Marla Deer depuis maintenant 7 saisons. Ladypoonana a su bien défendre ce qu’elle représente. Elle fut en quelque sorte responsable de l’un des premiers bouleversements dans la ligne directrice de la série. Frederic croit au fait que lorsqu’on transmet, comme dans le cas présent, d’une mentor à la relève, qu’on arrive à mieux rendre compte. Maintenant que cela était établi, la table était mise pour la suite de l’aventure.

La présence de filles dans ce milieu a permis d’y explorer la place des femmes et par le fait même de constater qu’il s’agit d’un milieu en mutation. Au-delà de la dimension esthétique et artistique, le milieu de la drag dévoile une dimension politique plus forte qu’on ne pourrait le croire. Une dimension politique revandicatrice qui cherche à trouver sa place sur plusieurs fronts. Témoin de cela lors du processus, on n’a pas voulu imposer à la série un point de vue éditorial mais plutôt de présenter dans toute sa diversité et sa complexité le milieu de la drag. On s’aperçoit bien vite qu’il n’y a pas une façon d’être drag, il y en a plusieurs. Les témoignages des intervenantes de la série corroboreront très bien cet aspect. C’est en quelque sorte le reflet de l’opposition entre le milieu underground et ce qui est plus mainstreem, dans le village, autant qu’une opposition du métier entre les villes où il s’en fait comme Montréal et Québec par exemple.

Dans le cas d’une série documentaire, on peut décider de faire l’observation du sujet sur une courte période et appliquer cette durée à l’ensemble de ce qu’on cherche à représenter, ou encore, de prendre le temps. Dans le cas présent, on a fait le choix d’y aller sur une longue période. Cette décision aura permis de suivre les drags impliquées dans une variété de projets. La chaîne ARTV a même permi à l’équipe de s’envoler en Indes afin de vivre avec Rita Baga son aventure là-bas dans le cadre du Kashish Mumbai International Queer Film Festival. Ce périple outremer témoigne de la part du diffuseur unegrande ouverture de laquelle il a joui tout au long du processus.

Le résultat de tout ce travail étalé sur près d’un an se déclinera sur 8 épisodes d’une durée de 30 minutes dont la mise en ondes est prévue à l’hiver ou l’automne 2017 sur Ici ARTV. La narration a été confiée a celle que l’on surnomme dans le milieu comme la « reine » des nuits de Montréal, soit Mado Lamothe. Son rôle servira surtout à faire la liaison entre les différents tèmes qui seront soulevés à l’émission. Dans les mois à venir, je vous convierai à d’autres rendez-vous qui mettront en lumière des occasions où les drags se sont invitées à l’extérieur de leur zone de confort.

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