Dossier

« L’appel » du drag avec 4 candidat.e.s de Drag-moi

Depuis son arrivée en ondes en 2009, la télé-réalité américaine RuPaul’s drag race nous confronte à un rapport idyllique du drag, nous faisant ainsi oublier les tenants et aboutissants du parcours que peut emprunter une drag-queen lorsqu’elle décide de se lancer dans ce milieu de plus en plus contingenté, non pas pour son accessibilité mais les occasions qui en découlent. Différentes institutions québécoises qui présentent des spectacles de drag-queens offrent depuis quelques années des concours qui font place à la relève tels que Dragwarts au bar Le Drague de Québec ou encore Miss Cocktail au bar le Cocktail, situé au cœur du village gai de Montréal. Dans le cadre de ce dossier consacré à « l’appel » du drag, j’ai décidé de m’entretenir avec des drag-queens issues de la présente saison de Drag-moi, un concours-école ouvert à la relève, relayé chaque mercredi depuis le début de l’automne. Afin d’orienter l’article vers une réflexion plus nichée, je me suis intéressé à des parcours atypiques. D’abord, avec deux concurrentes qui ont débuté leur carrière en région, soit Lisa Santana et Samantha Barnack, qui ont respectivement débuté leur carrière et St-Jérôme et Sherbrooke. Puis, je me suis intéressé à deux autres concurrentes qui ont fait le saut d’un autre art de la scène au drag, soit Lady Guidoune, icône de Gailaxie, et Zénith, danseur émérite de la communauté drag depuis plusieurs années. Je vous invite à découvrir le compte-rendu de mes entretiens avec ces artistes prolifiques qui concourent tous afin de remporter les grands honneurs de cette 11ème saison de Drag-moi.

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À lire aussi: Dossier – Les concours de drags et la place de la relève 

 

« L’APPEL » EN RÉGION – DE ST-JÉRÔME À SHERBROOKE

Tant pour Lisa Santana que pour Samantha Barnack, leur début dans ce milieu ne s’est pas opéré de manière conventionnelle.

En effet, Lisa a fait ses premiers pas officiels lors du concours Purple’s got talent, un concours de talent orchestré par le défunt Purple cabaret-spectacle-nightlcub de St-Jérôme. Sa première expérience, plus officieuse, a lieu dans le cadre d’un concours similaire mené par l’organisme Arc-en-ciel d’Afrique. Ainsi, Lisa a affronté toutes les étapes de ce concours jusqu’en finale dans l’optique de vivre l’expérience, comme une chose à faire dans sa bucket list, sans toutefois aspirer à en faire au-delà des limites du concours.

Compte tenu de la nature de son emploi civil à l’époque, elle ne pouvait pas se permettre de participer à ce genre de concours dans les grands centres. Elle trouvait que le faire à St-Jérôme lui accorderait une certaine sécurité.

Pour sa part, Samantha Barnack a fait ses débuts suite à une blague qui s’est retournée contre elle. Lors d’un événement, Samantha s’est présentée à une dame comme étant drag. Cette information ne sera pas tomber dans l’oreille d’une sourde puisque cette dernière contactera Samantha quelques mois plus tard afin de se produire lors d’un spectacle dans une salle underground à Sherbrooke.

Miss Fountain, présente dans la foule de cette soirée, élue miss personnalité du concours Sherby drag race, repèrera Samantha et la conviera à prendre part à ce même concours présenté au feu Grands-Ducs de Wellington.

Samantha sera entraînée rapidement dans un grand tourbillon qui ne lui laissera que très peu de temps pour se garder la tête hors de l’eau et ainsi pouvoir se faire une idée face à tout ce qui se passait. En effet, dans la même période, une équipe de Radio-Canada – Estrie viendra faire un reportage, elle sera l’une des têtes d’affiche d’un documentaire étudiant, on fera mention de son alter ego dans un article publié dans un journal local en plus de se joindre à une cohorte de consœurs venue présenté un atelier de « drag 101 » lors d’un cours à l’université.

Nonobstant la manière dont les choses se sont déroulées pour elles en début de carrière, elles sont conscientes de la force de leur personnage et de ce qu’elles cherchent à venir défendre avec celui-ci.

La victoire de Lisa au Purple’s got talent a réveillé son côté artistique, réprimé par le sérieux imposé par ses emplois civils. Inspirée par son numéro lors duquel elle s’était faite confectionner un costume par une femme d’origine gabonaise, Lisa a cherché à exploiter sa drag d’un point de vue culturel. Son nom de scène reflète également cet aspect puisque Lisa est la version féminine de son prénom alors que Santana fait référence à son nom de naissance, avant l’adoption.

Même son de cloche du côté de Samantha, dans le sens où le profil de son personnage est déjà défini. Désireuse de rester loin de la vulgarité, Samantha cherche davantage à mettre en lumière une parodie de la femme des années 1950s, une version extrême de la femme de maison parfaite. Elle cherche à rendre risible ce qui est attendue de la femme, arriver à en rire. Il y a dans son approche un côté féministe et revendicateur.

 

L’APPEL – DE L’IMPRO & LA DANSE AU DRAG

C’est à force de côtoyer des drag-queens sur une base régulière que Lady Guidoune et Zénith ont fini par se laisser tenter par l’expérience du drag. Étant membre de la Gailaxie, Lady Guidoune partageait la glace avec certaines d’entre elles dont Marla Deer et Tracy Trash en plus d’en côtoyer quelques-unes qui assurent l’animation lors des soirées de matchs. Pour sa part, Zénith a le loisir depuis prèes de 8 ans de fouler les planches avec bon nombre d’entre elles.

Avant d’être de la présente saison de Drag-moi, Lady Guidoune avait tenté l’expérience du drag au début de l’année à l’occasion de l’édition 2019 de MX Fierté Montréal. C’est sans prétention que Lady Guidoune a abordé ce concours. Elle cherchait surtout à se donner le coup de pied qu’il fallait avant d’aller de l’avant de manière plus officielle. Cette incursion lui aura prouvé que le drag pouvait s’insérer dans son horaire de fou. Il lui était nécessaire d’aller chercher la motivation nécessaire afin de défaire son symptôme de l’imposteur.

Autant Lady Guidoune que Zénith reconnaissent le bagage que leur art de la scène respectif leur a insufflé au fil des ans, à commencer par la confiance. Pour Zénith, ce n’est pas l’aspect scénique qui le rendait réfractaire à se lancer dans le métier, mais plutôt qu’il ne se reconnaissait pas dans l’offre qu’il y avait dans le village.

C’est en fréquentant des soirées queer hors du village que le déclic lui est venu, qu’il pouvait se lancer, ayant pour la première des référents qui l’interpellaient. Ces différentes sorties lui auront permis de définir les contours de son alter ego. L’idée d’un potentiel intérêt est né suite à la diffusion du premier défi club kid lors d’un épisode de RuPaul’s drag race.

À l’instar de Lisa et Samantha, leurs personnages ne se sont pas définis aussi rapidement. En effet, pour Lady Guidoune, elle a longtemps senti que son personnage se trouvait entre deux chaises, c’est-à-dire qu’il n’était jamais une version totale de Lady Guidoune, comme si son pendant masculin venait toujours interférer, ne laissant jamais la chance à Lady Guidoune de prendre toute la place qui lui revenait.

Du côté de Zénith, comme il le fut mentionné précédemment, les contours se sont définis rapidement, mais il restait encore des éléments à clarifier. Lors de son audition pour Drag-moi, on sentait encore une certaine recherche identitaire de la part de Zénith qui n’a pas tardé à s’essouffler au fil des semaines. Il était important pour lui de pas se souscrire à un genre en particulier. Il fallait qu’on lui accorde sa pleine liberté dans la fluidité des genres, c’est pourquoi il apprécie quand Marla présente les élèves comme des « créatures », ça fait moins restrictif.

 

Ce que j’ai pu retenir de mes entretiens auprès de Lady Guidoune, Lisa Santana, Samantha Barnack et Zénith est que l’appel est venu lorsqu’elles ont compris qu’elles avaient quelque chose à défendre. Cette pluralité des genres et cette diversité transparaissent plus que jamais dans la présente saison de Drag-moi, tant chez eux qu’auprès des autres candidats. Il s’agit de l’une des saisons les plus éclectiques où chacun arrive à faire une différence en lien avec une valeur profonde qui transparait dans pratiquement toutes leurs performances. Ces artistes sont les ambassadeurs d’un tourant majeur qui opère actuellement dans le milieu. Je leur souhaite tout le succès qu’il soit une fois que le concours sera terminé puisqu’ils ont tous et toutes leur place dans l’effervescente offre qui existe ici, chez nous.

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