Entrevue

Justin Tinderfake & Velma Jones

Les sphères d’expression en art sont nombreuses. Dans le cadre de mes entrevues, j’ai voulu m’entretenir avec deux femmes qui ont chacune choisi une voie singulière. Dans le cas de Velma Jones, elle a décidé de s’orienter comme drag-queen (bio-queen ou faux-queen), alors que Justin Tinderfake a opté d’être drag-king. J’ai voulu approfondir leurs motivations propres à, dans un cas, vouloir s’exprimer dans une version exagérée de soi  comme femme, alors que dans l’autre, de se couvrir sous les traits d’un homme. Voici le compte-rendu de cet entretient.

 

Les deux s’entendent pour dire qu’elles cherchent à sortir de leur zone de confort. Une fâcheuse tendance de se mettre en danger. Justin avait initialement débuté sa carrière scénique comme drag-queen, mais ne se reconnaissait pas. Après avoir œuvré pendant un certain temps comme drag-queen, elle s’est aperçu qu’il n’y avait pas de réel manque à combler, que le marché était déjà en quelque sorte saturé. Elle s’est ensuite spontanément tournée vers le milieu des drag-kings qui demeurait encore méconnu. Après quelques recherches, elle s’est aperçu qu’il n’y en avait que très peu et qu’il s’agissait malheureusement d’un milieu discret. C’est d’ailleurs un aspect avec lequel elle est demeurée réfractaire de ce milieu. Comme elle voue un immense respect pour les milieu des drag-queens, elle a voulu insuffler de leur aspect plus flamboyant aux drag-kings en se dessinant un personnage qui n’avait pas peur de briller et d’avoir des costumes plus exubérants à la Mika, Freddie Mercury et autres artistes de ce même acabit.

À la différence de Justin, Velma n’a pas la même latitude dans le développement de son alter ego. Comparativement à un homme qui va se construire un personnage de femme ou une femme qui va se construire un personnage d’homme, Velma demeure à camper un personnage du même sexe qu’elle. Il y a des pièges dans lesquels il ne faut pas tomber. Velma doit construire un personnage qui s’éloignera considérablement des pièges orchestrés par une femme de tous les jours. Elle ne peut pas jouer l’aguicheuse comme le ferait une consœur de sexe masculin par exemple puisqu’on lui reprocherait de ne pas avoir de personnage. Elle est en quelque sorte victime de la vision péjorative d’une femme dans son sens large et ce, même si cet aspect ne lui ressemble pas du tout. C’est particulièrement confrontant sur sa condition de femme.

S’il y a bien une chose que Velma et Justin ont en commun dans les défis qu’elles rencontrent, c’est de se libérer de certaines manies qui nuisent à la crédibilité de leur personnage. Velma se considère dans sa vie de tous les jours comme une femme avec un tempérament d’homme. Elle a un entourage majoritairement composé de garçons. Sa féminité est rattachée davantage à un souvenir d’enfance que quelque chose d’actuel. Elle doit alors à travers son alter ego renouer avec sa féminité. Avec le temps, elle a finit par associé la féminité à quelque chose de négatif. Elle avoue que le fait de côtoyer des hommes qui sont drag-queens à rehaussé ce négativisme vers du positif et qu’elle essaie de s’en nourrir. Elle dit qu’il n’y a rien de mieux pour y arriver que de côtoyer une caricature de soi. Les hommes qui font du drag ne veulent dévoiler que le meilleur de la femme, sans les contreparties, puisqu’ils ne sont pas de réelles femmes. Velma renoue donc avec l’idée que son personnage n’est totalement une extension d’elle et que ce qu’elle aime moins de sa féminité n’a pas à transparaître. Pour sa part, les défis que Justin rencontre sont d’avantages observés lorsqu’elle danse sur scène. Ayant grandi en écoutant du Madonna, il y a inévitablement un mécanisme naturel qui provoque certains mouvement de danse plus féminin à travers des chorégraphies qui se veulent masculines. C’est une adaptation avec laquelle elle doit composer. Comme elle ne veut pas sombrer dans des numéros d’inspiration burlesque comme le font certains de ses confrères, elle doit minimiser les comportements à tendance féminine lors de ses performances.

La fraîcheur que Justin apporte dans le milieu lui aura permis d’être le premier drag-king officiellement engagé au Cabaret Mado. Lors de son passage à MX Fierté Canada Pride, Justin n’avait à son actif que deux numéros comme drag-king. C’est Uma Ghad qui l’a référé à Rita Baga afin de prendre part au concours. Ce fut assurément une décision payante pour Justin. De son côté, Velma est la plus récente gagnante de Drag-moi. Elle fut couronnée en décembre dernier. D’ici les prochains mois, elle espère développer une extension à son personnage qui serait un homme. Les deux personnages existeraient simultanément, mais auraient des caractéristiques bien définies. Elle aimerait toutefois que les deux existent sous forme de jumeau/jumelle et qu’elle puisse s’amuser avec l’ambiguïté des sexes comme elle le fait déjà, puisqu’elle ne veut pas qu’on reconnaisse lors de ses performances qu’elle est véritablement une femme.

Bref, chaque individu cherche à s’exprimer comme il le sent. L’ouverture du milieu à accueillir des femmes comme drag-queen permet à une nouvelle génération d’artistes d’émerger. Comme on a pu le constater, c’est loin d’être évident car sur scène, une drag-queen ne joue pas qui elle est. Une bio-queen doit donner l’impression de jouer un homme qui joue une femme. L’arrivée de Justin chez les drag-kings va certainement déranger car il arrive avec son style propre et une volonté sincère de redorer l’image qu’on se fait de ce milieu. Il faudra le suivre pour voir comment cela va se développer dans les temps à venir.

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